Dernières news de l'aéroport de Suvarnabhumi (aéroport international de Bangkok) :
Depuis la cellule de crise de l'ambassade (hé oui, c'est ça de bosser pour la France à l'étranger...) les dernières news étaient une mise en service prochaine (premiers vols de la Thai Airways prévus pour ce soir, à vérifier la fiabilité des infos, trafic retournant progressivement à la normale la semaine prochaine), avec un peu de chance je pourrai avoir mon avion pour passer les vacances de Noël en France, mais la marge est courte...
Régime politique actuel en Thaïlande:
Voici un extrait d'un article bien ficelé qui permet de comprendre assez vite en peu de mot le contexte poudreux de l'affaire...(d'Amédée Sonpipet http://www.bakchich.info/article5411.html#ancre_forums)
Des blessés par centaines
La crise politique a déjà coûté son poste au Premier ministre issu des élections de fin 2007, Samak Sundaravej, reconnu coupable par la Cour suprême thaïlandaise d’avoir continué à recevoir des émoluments d’une chaîne de télévision pour son émission hebdomadaire de cuisine. Quant au nouveau Premier ministre, Somchai Wongsawat, élu par le parti majoritaire PPP (People Power Party), il a connu les pires difficultés le 7 octobre dernier pour prononcer son discours d’investiture au Parlement. Des manifestants ont tenté d’occuper les lieux et sont parvenus à y couper l’électricité. La violence des affrontements avec la police s’est en outre aggravée dans la rue : les dernières manifestations ont déjà fait deux morts et environ 400 blessés.
De son côté, la Maison royale est en ébullition et la reine Sirikit à la manœuvre. Son obsession ? Assurer la montée sur le trône de son fils, le prince héritier Vajiralongkorn. La reine-mère sait pertinemment que son rejeton est détesté du peuple tandis que son père, l’actuel souverain Bhumidol, bientôt 81 ans et très fatigué (c’est un euphémisme), jouit d’une adoration confinant à la dévotion.
Réformer le Parlement
Et comme par hasard, les opposants à l’actuelle majorité parlementaire regroupés au sein d’une coalition assez hétéroclite, l’alliance du peuple pour la démocratie (PAD)-LES JAUNES POUR CEUX QUI ONT DU MAL A SUIVRE!!!-, viennent de tomber les masques : ils réclament ouvertement un changement du mode de désignation des parlementaires. Leur objectif ? Mettre un terme aux majorités populistes proches de l’ancien Premier ministre Taksin Shinawatra (renversé par un coup d’Etat militaire en 2006 et aujourd’hui en exil à Londres), qui gagnent régulièrement les élections depuis 2001 -ELU PAR LES ROUGES DONC- en s’adonnant largement à l’achat de votes dans les provinces pauvres du nord et du nord–est du royaume. Concrètement, ces opposants veulent faire coopter une partie du Parlement sur des critères socio-professionnels, afin de « mieux refléter la société civile ». Si cette pratique n’a rien de démocratique, elle devrait leur permettre de s’assurer la loyauté de représentants acquis à la monarchie qui ne voteraient pas son abolition. L’entourage de la reine Sirikit soupçonne en effet Taksin et ses partisans de ne pas faire de la pérennité de la monarchie leur priorité absolue…
Parallèle népalais
Selon une source proche de la Cour thaïlandaise, la reine-mère a en tête le cas du Népal, royaume où, au printemps 2008, la monarchie a tout simplement été abolie suite au vote sans appel d’une assemblée constituante élue. La reine Sirikit, qui entretenait d’étroites relations avec l’ancienne famille régnante népalaise, n’a pu s’empêcher de dresser un cruel et ô combien fondé parallèle : à Kathmandou, avant l’abolition, un monarque très impopulaire avait succédé à un roi respecté… Du coup et de façon tout à fait exceptionnelle, Sirikit n’a pas hésité à assister aux funérailles de l’une des manifestantes tuées lors de heurts avec la police. Le roi Bhumidol de Thaïlande, à la santé flageolante, très affecté par le décès de sa sœur, s’est retiré dans une pagode de province où il passe le plus clair de ses journées à méditer et n’accorde plus guère d’importance aux tristes réalités de ce monde. Son épouse ne peut donc rien attendre de lui pour faciliter l’intronisation de son fils Vajiralongkorn. L’impopularité du personnage, le mépris avec lequel, en privé, les Thaïs parlent du prince héritier, ne laissent pas présager un long règne tranquille. S’il parvient à monter sur le trône.
Les médias à la peine en Thaïlande
Que s'est-il passé ces 15 derniers jours? Pourquoi, qui, comment l'aéroport a t-il été bloqué?
Cette fois je vous redirige vers un article du Gavroche, un magazine francophone publié en Thaïlande, qui exprime assez clairement les enjeux politiques évidents et sous-jacents qui structurent les interventions (ou abstentions n'est-ce pas) des différentes parties impliquées dans le conflit (Philippe Plénacoste http://www.gavroche-thailande.com/actualites/read.php?id=424) :
L’histoire qui recommence
Les pro-Thaksin ont perdu une autre bataille mais pas le pouvoir. On imagine, après le Thai Rak Thai de Thaksin, le Power People Party de Samak et Somchai, que le Puea Thai de Suchart Thadathamrongvej (ancien vice-ministre des Finances) a toutes les chances de gagner les prochaines élections. Et si la nouvelle génération de leaders arrive, cette fois, à placarder les vieux loups au passé controversé et à surveiller qu’aucune brebis galeuse, en trichant, ne compromette ses chances, elle aura encore plus de légitimité. Les récentes démonstrations de force des rouges qui ont mobilisé les foules lors de leurs rares contre-manifestations anti-PAD, ont montré que Thaksin reste très populaire dans le pays. La prise des aéroports a aussi certainement fait perdre à la PAD - dont les objectifs de certains de leurs dirigeants sont contestables (1) - le support de la «majorité silencieuse», ces Thaïlandais ni rouges ni jaunes qui aspirent à la paix sociale et qui pourraient bien voter au «milieu», incarné aujourd’hui par le parti Démocrate. Ce dernier s’est peu à peu détaché de la mouvance PAD après l’avoir ouvertement soutenue jusqu’au coup d’Etat de 2006.
Une ombre bienveillante
Occuper pendant trois mois le siège d’un gouvernement ou, encore plus spectaculaire, boucler les deux aéroports de la capitale, sont des faits d’armes remarquables qui resteront dans l’histoire politique du royaume. Motivés, bien organisés, les sympathisants de la PAD sont allés jusqu’au bout de leur combat et de leurs convictions. Mais la réponse à la question que tout observateur est en droit de se poser - auraient-ils pu agir aussi librement sans protections ? - est déjà écrite. L’Armée, acteur et arbitre à part entière du conflit, a fait connaître sa position en favorisant la dissolution du Parlement à une intervention musclée. Elle a muselé le gouvernement en refusant de se mettre à son service comme l’état d’urgence décrété par le Premier ministre l'imposait ; tout en laissant la PAD s’exposer à l’ire de la population et de la communauté internationale. Comme les autres acteurs de ce conflit qui aura tant coûté au royaume - sa crédibilité à faire respecter la démocratie et l’Etat de droit ; sa place, chèrement gagnée, dans le concert de la communauté internationale ; son secteur touristique, KO debout ; mais aussi des vies humaines - elle s’est rangée derrière la décision de la justice.
Et maintenant ?
Le mouvement PAD revendique une démocratie «propre», exempte de corruption, de népotisme et de clientélisme (durty politics) ; plus représentative aussi de la nouvelle classe moyenne et des milieux intellectuels. Dans l’incapacité de combattre par les urnes une élite affairiste richissime, qui utilise l’argent et son influence paternaliste sur les masses comme tremplin d’accès direct au pouvoir (money politics), il a formé une armée civile non démocratique pour tenter de changer la donne.
Fort de ses propres contradictions, il veut protéger la Constitution de la junte militaire, votée en 2007, tout en privilégiant l’abolition partielle du suffrage direct ; car il estime que les classes pauvres, majoritaires dans le royaume, ne sont pas assez «mûres» pour se libérer de l’emprise des «Phu yai» (ces « grands frères » qui les protègent). Mais il représente aussi le bouclier civil d’une autre élite, qui a vu dans la montée en puissance du milliardaire Thaksin, une grave menace.
La tenue de nouvelles élections ne changera probablement pas la distribution des cartes. Les pro-Thaksin reviendront avec la rébellion PAD dans leurs basques. Mais le conflit récent est aussi porteur d’espoir. Pour deux raisons :
- La « majorité silencieuse » devrait gagner du terrain dans les urnes et amenuiser l’outrageante domination des « rouges ». Ce qui engendrerait une opposition parlementaire plus forte et plus vigilante.
- La justice, pilier du système démocratique thaïlandais, a renforcé son indépendance depuis 2007 et est devenue un arbitre incontournable. Certes, on pourra toujours émettre des doutes sur son allégeance, et sur le fait qu’elle s’appuie sur une constitution partisane enfantée sous l’influence d’une junte militaire. Certes, on ne peut pas oublier que le but avoué du dernier coup d’Etat était de détruire l’empire Thaksin, accusé d’avoir lui-même détourné la constitution de «Peuple» de 1997 pour servir ses intérêts et ceux de son clan. On ne peut pas effacer le fait que des commissions et un tribunal spécial aient été créés uniquement pour cette «chasse à la sorcière». Mais le Puea Thai et ses alliés dirigeront demain le pays avec cette épée de Damoclès au dessus d'eux, prête à leur couper la nuque au moindre faux pas! Ils ne s’aventureront plus à tenter d’acheter ou de contrôler la justice comme sous l’ère Thaksin.
Les Thaïlandais, qui aspirent à retrouver la paix sociale et à protéger la monarchie constitutionnelle qu’ils vénèrent plus que tout, ont peut-être trouvé une vraie raison d’espérer.
Bon, voyez, c'est pas simple... Au jour le jour, la vie quotidienne n'en est pas beaucoup plus chamboulée, si l'on exclut le temps passé à éplucher les journaux et internet qui s'est allongé de 10 fois sa précédente duration, les alertes aux Coup d'Etat qui stoppent toute activité, la présence des chars aux abords de la ville, ou le gel de nos discussions avec les autorités thaïes, qu'elles soient nationales ou locales (baisse d'activité au taffe du coup!)...
Bien sûr, certains quartiers sont à éviter (pas de balade à proximité de l'aéroport n'est-ce pas...) mais à part ça la majorité de la population thaïe fait son possible pour fonctionner nomalement, dans cette société où le toursime et l'export constitue les filons majeurs de la richesse du pays...
Nous restons maintenant dans l'expectative, en attente de cet anniversaire royal qui se veut marquer la réconciliation du pays, ou à défaut une accalmie (mais alors on est loi d'être sortis du cyclone...)
Affaire à suivre! See U!
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